samedi 25 avril 2015


 
La robe de ma poupée est dans le même tissu qu’un drap de ma grand-mère. Il sent le café, les gros sucres de cannes en morceau et les flans au feu de bois, le pain frais à l’arrière de la 4L, les mots croisés du journal, les crayons taillés au couteau et le gros dictionnaire Larousse. Il sent aussi les cahiers à dessiner dans de vieilles enveloppes, la lessive Maison verte, l’humidité de la réserve, les pinceaux de mon grand-père et les pastilles Vichy. Il sent les dictées de Pivot, « Question pour un champion », les cures à Balaruc les Bains, le Frontignan et les mardis soirs à la bibliothèque. Il sent la littérature anglaise, Jane Eyre, Le silence de la mer recouvert d’un papier transparent, les gommettes et les châteaux en bouchons de lait bleus. Il sent une voix à peine assurée, la belle écriture d’institutrice et les sourires devant des moineaux qui picorent, le sac en cuir marron, les lourds cheveux blancs et les élégantes jambes croisées, il sent Mamiô.




2 commentaires:

  1. Sa silhouette lui ressemble! Les jambes raides, toujours un peu resserrées. Cette manière de se tenir, silencieuse...
    La chair palpite sous le tissu


    Une dame qui connaît Mamiô

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  2. Une merveille de délicatesse, et tant de poésie.

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